Symposium des officiers 2013

Symposium des officiers 2013

Depuis que je suis officier dans la brigade d’infanterie 2, j’ai été invité à ses symposiums. Une journée remplie de conférences se terminant par une heure de débats/questions. L’occasion de s’informer, de discuter et de réseauter. Cette année, le thème était autour du soldat 2.0, à savoir le citoyen soldat actuel, issu de la génération Y, surconnecté et surinformé. Cette génération, dont je fais partie, amène de nouveaux défis à l’Armée, et donc à ses cadres. Ce symposium nous a donc permis de faire un tour d’horizon de la situation actuelle afin d’en comprendre les enjeux.

Quatre intervenants se sont succédés, tous plus passionnants les uns que les autres, face à un auditoire attentif et très intéressé. Premièrement, un général finlandais, le capitaine de frégate Jan Engström, nous a parlé du modèle de conscription dans son pays. Deuxièmement, M. Christophe Zufferey, chef du service psychologique du centre de recrutement de Lausanne. Troisièmement, le colonel EMG Maurice Eglin, membre de la commission de milice du chef DDPS et pour finir, M. Bernard Wicht, privat-docent à la faculté des sciences sociales et politiques de l’UNIL.

La Finlande, un modèle proche de la Suisse

230’000 militaires astreints et 15’000 professionnels. Une population d’environ 5,5 millions d’habitants. Un système de recrutement comme le notre avec environ 80% de personnes aptes à servir. Jusque là, tout semble plus ou moins pareil, et si au cours de l’exposé, on se sent solidaire avec ce pays, on ne peut que se sentir envieux sur certains points. Premier point, leur élite politique a clairement établi que le but principal était la défense de l’ensemble du territoire, et que l’armée de milice, le service citoyen était la seule et unique solution. Malgré que la Finlande fasse partie de l’Europe, il est clair pour eux qu’en cas de conflit, ils ne pourraient tout simplement pas compter sur leurs voisins, et qu’ils n’auraient aucune aide à disposition. Dans ce contexte et avec le budget actuel (2.5% du budget de la Confédération), l’alternative professionnelle ne leur permettrait de n’avoir que 15’000 hommes. Ainsi, la défense de l’ensemble du territoire ne serait pas possible. La milice est la seule solution.

Un autre point intéressant, est le soutien de l’ensemble de partis politiques pour garder cet effectif de guerre, malgré le coût. Le peuple finlandais a conscience de la plus value des conscrits, et cela même dans l’économie. L’exemple qui m’a le plus frappé parmi d’autres vient d’une étude qui a démontré que 64% des employeurs préfèrent avoir des employés astreints au service avec un grade de troupe, et que 82% des employeurs préfèrent engager des cadres ayant fait l’école d’officier. Ajouté à cela, un citoyen réussissant à devenir officier reçoit 30 crédits ECTS, valables dans toutes les universités européennes depuis l’introduction du processus de Bologne, il y a maintenant 10 ans.

De quoi faire rêver… vraiment.

L’armée est importante dans l’économie globale

Ce sont en tout cas les résultats de l’étude effectuée par les membres de la commission de milice. Cette commission, remplie de bénévoles et dont le résultat a été financé par un fonds indépendant et non étatique, afin de rester le plus neutre et le plus objectif possible, dresse un bilan objectif et global de l’empreinte de l’armée dans l’économie suisse. Ce qu’elle coûte, mais aussi ce qu’elle rapporte. Cette étude sera disponible d’ici la fin de l’année, mais le résultat est tout simplement édifiant. L’armée suisse est une assurance risque qui ne coûte quasiment rien, par rapport à ce que cela nous coûterait à chaque incident, accident ou événement grave, si l’on devait engager des sociétés externes, privées.

A l’aube d’une renaissance

On fait la guerre comme on produit des richesses. Durant le Moyen-Age, les razzias de chevaliers, pillant sur leur passages n’ont plus rien à voir avec les conflits de ces dernières décennies. Mais la révolution de l’information serait en train de succéder à la révolution industrielle. Le soldat 2.0, hyperconnecté et surinformé, produit de cette génération Y est alors tout à fait à sa place dans l’armée actuelle. Le modèle militaire, hyper hiérarchisé, semble à priori incompatible avec l’idée d’appartenance à une tribu, où chacun à son rôle, mais où la structure hiérarchique est aplatie à son maximum. On ne veut plus de manager, mais des leaders, qui inspirent, et qui donnent la direction à suivre. Cela pourrait devenir une chance pour nous autres, officiers d’une armée de milice, qui ne serait pas qu’une organisation militaire, mais un véritable projet de société.

Voir l’article officiel

Plt Signori

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